vendredi, 23 mars 2007

Comité Bayrou en Anjou : entre immobilisme et socialisme

En Anjou, comme un peu partout dans l’Hexagone, les membres de l’UDF et les aficionados de François le Béarnais ont lancé un comité de soutien : le Comité Bayrou en Anjou.

Ce comité organise depuis début mars une série de réunions publiques à travers le département pour présenter le programme du candidat centriste et essayer de convaincre le plus grand nombre.

Fort du soutien officiel d’Alternative Libérale à la candidature de François Bayrou sur les questions institutionnelles mais néanmoins circonspects sur des pans entiers de son programme, nous sommes allés à la rencontre des centristes à l’occasion d’une réunion publique qu’ils organisaient à Châteauneuf sur Sarthe.

Après les présentation d’usage et l’écoute attentive du curriculum vitae de l’homme François Bayrou, nous sommes rapidement entrés dans le vif du sujet : dette publique, fiscalité, emploi, retraites, éducation, Europe, aide au développement…

Si sur la très grande majorité de ces sujets, nous partageons avec les centristes une analyse de la situation et un diagnostic commun, les différences deviennent sensibles voire franchement majeures quant à la manière de les traiter.

Ces différences sont entretenues par trois écueils auxquels les centristes ont visiblement du mal à échapper : une absence de pensée logique, une sensibilité socialisante et une incapacité manifeste à trancher de peur de s’aliéner des sympathisants à leur gauche ou à leur droite, d’où, au global, une certaine propension à l’immobilisme.

Pour illustrer mon propos, je vais reprendre trois sujets emblématiques des échanges courtois mais parfois vifs que nous avons eus avec les responsables locaux de l’UDF lors de cette réunion.

L’absence de pensée logique s’est faite jour notamment sur la question de la croissance, de la résorption de la dette et de l’emploi. François Bayrou a fait de la réduction de la dette une de ses priorités. Pour ce faire, il table sur une croissance de 2% par an, les recettes fiscales générées par cette croissance étant allouées pour moitié à la réduction du déficit budgétaire. L’équilibre budgétaire ne serait ainsi atteint qu'à la fin du quinquennat. La stratégie de François Bayrou est donc de commencer à rembourser la dette dans cinq ans.

Sur cette question une ambition d’une toute autre ampleur nous semble indispensable. En particulier celle de créer les conditions d’une croissante forte et durable, c’est-à-dire, en comparaison de nos voisins européens (Irlande, Espagne,…), au moins le double que les 2% envisagés. Nous avons ainsi évoqué avec nos interlocuteurs d’un soir la possibilité de réduire significativement les taux de prélèvements obligatoires afin de générer un surplus d’activités susceptible par ricochet d’accentuer massivement les recettes fiscales et donc de réduire les déficits – ndlr : mécanisme expliqué par l’économiste Laffer dans les années 70 (cf courbe de Laffer) et vérifié dans de multiples pays et situations depuis le début des années 80.

Or, les représentants locaux de l’UDF affirment ne pas croire à ce mécanisme : « l’économie c’est plus compliqué que cela ». Cela ne les empêche cependant pas d’envisager quelques minutes plus tard que l’une des mesures phares de François Bayrou, à savoir la possibilité donnée aux très petites entreprises (TPE < 9 salariés) de créer deux emplois exonérés de charges sociales s’autofinancerait par le surplus de TVA, d’impôt sur le revenus et d’impôt sur les société généré par le surcroît d’activité. CQFD !

Côté socialisme rampant, l’illustration a été donnée par le refus catégorique de l’UDF de mettre fin à la carte scolaire seule garantie à leurs yeux, avec un service civil obligatoire, du « brassage social ». De plus, si les parents pouvaient choisir l’école de leurs enfants alors certains établissements risqueraient de se vider de leurs élèves. Il est donc plus raisonnable et légitime de leur interdire de partir. C’est d’ailleurs tellement plus confortable pour la planification des investissements !

Voilà bien une façon authentiquement socialiste de penser l’offre d’éducation. Incapable d’appréhender la manière dont des établissements autonomes pourraient s’adapter à la demande forcément multiple et évolutive des parents en matière d’éducation, l’UDF préfère restreindre la liberté de choix des parents. Sans liberté, il n’y a plus de complexité, c’est le règne du produit unique. Plus de jaloux, tout le monde au collège unique.

Enfin pour ce qui est de l’incapacité à trancher, l’exemple le plus patent a été notre échange sur l’impôt sur la fortune (ISF). Malgré un discours clair sur la faible productivité de l’ISF (ratio recette / coût de prélèvement) et un assentiment sur le caractère économiquement absurde de cet impôt (fuite de foyers fiscaux et d’investisseurs providentiels), l’UDF n’envisage pas de supprimer cet impôt idéologique en raison de sa « forte charge symbolique ».

Concrètement, les supporteurs de François Bayrou ne veulent pas mettre fin à cet anachronisme spoliateur au seul fait que cela pourrait être mal interprété par une partie de leurs sympathisants potentiels. Si Paris vaut bien une messe, l’Elysée vaut bien une concession à la sacro-sainte pensée marxiste !

Au final, nous étions venus à cette réunion avec des interrogations, nous en sommes repartis avec des certitudes. Sans un groupe de députés libéraux pugnaces et audacieux pour lui rappeler en permanence le bon cap et l’inciter à souquer ferme, François Bayrou risque fort, au gré des courants contraires et envoûté par les sirènes socialistes, de s’échouer sur les récifs immuables de l’étatisme.

Louis-Marie Bachelot